
Quand je ne sais pas quoi faire je prends une pièce, une petit pièce dorée. Je la fais tourner, entre le pouce et l’index, je l’observe, petite figure inconsciente, nombre infime qui lui donne sa valeur, au mieux deux carambars. L’argent, quelle chose merveilleuse, quelle géniale invention. Le progrès, ont du se dire les gens à l’époque, quelle révolution. La monnaie, celle qui donne, celle qui prend. Du pouvoir contre des enfants.
Quand je ne sais pas quoi faire, je prends une pièce, une petit pièce que je trouve dans ma poche, dans mon sac, dans mon salon. C’est ça, ne rien avoir a faire de deux carambars, on peut toujours avoir une pièce qui traine, prête a servir son maitre, prête a donner un peu d’une autre fonction que l’échange. On ne pense pas assez a la monnaie qu’on a dans la main comme pièce d’un grand échiquier mondial. Tant de temps pour arriver la, tant de gens pour etre aujourd’hui à moi et avoir enfin sa chance, son premier role, c’est le grand jour de la pièce maitresse, la reine de l’instant.
Car quand je ne sais pas quoi faire, je prends une pièce et m’en remets a elle et pour cette fois la, le hasard aura la forme d’une cercle froid. Mes raisonnements se perdent parfois trop et prennent trop de temps quand finalement le jugement tranchant d’un coté ou de l’autre donnera sa raison aléatoire. Lancer une pièce en l’air est une belle métaphore de la vie, on a beau essayer de contrôler, on ne sait finalement jamais quel coté sera le bon ou le méchant. Même ce qu’on espère n’est peut être pas la solution. Une pirouette en l’air et un tourbillon de métal retombe gaiment dans un poing fermé qui laisse échapper la réponse, sur le plat d’une main qui se tend. Jouer sa vie à pile ou face n’est au fond surement pas plus absurde que la question qu’on pose, quand ce qu’on croit savoir ne semble pas suffisant pour y répondre. Une pièce et les jeux sont faits, rien ne va plus et tout ira bien pourtant. A la fin, on ne gagne ni ne perd jamais vraiment.
Si, parfois une pièce, quand elle est mal lancée, qu’elle roule sur le parquet et s’en va se loger sous un meuble au lointain. Et quelque soit le chemin, le destin a quand meme moins d’allure et perd en gravité quand il prend la poussière et qu’on est a genoux a se contorsionner pour le récupérer.