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Les fleurs du salon

Il s’assit sur le canapé, le verre de jus d’orange qu’elle venait de lui tendre a la main, un peu gené de cette marque d’attention avec ce qu’il avait à lui dire. Il remarqua les fleurs posées sur la table derrière elle et de demanda si elle les avait acheté pour une occasion particulière. Ou on lui avait offert. Peut-etre un amoureux. Et pour éviter de penser à l’inévitable celui-d’après, il décida de commencer.

« Assieds-toi. je voudrai te parler »

Il détestait ces formules cents fois employées, mais il n’avait pas le courage de se lancer sans introduction, avec son sourire a elle sur son visage, qui l’aurait regardé avec confiance. Il fallait qu’elle arrête de sourire. Qu’elle ne le regarde pas comme ça, il n’y arriverait pas avec ce regard-la sur lui, cette innocence qui lui avait tant plue. Il ne voulait pas y toucher à cette part de candeur, il ne voulait pas être celui qui allait la faire grandir trop vite. Elle avait dans ses gestes parfois encore un peu de la grace de l’enfance, quand elle chassait une meche de cheveux sur son visage. Sa maniere de froncer le front quand elle ne comprenait pas quelque chose ou dont tout son visage s’illuminait quand une joie la prenait par surprise, sans chercher encore a cacher ses sentiments comme des failles. Parfois, il arrêtait ses gestes et son activité, juste pour le regarder, de l’ovale aux détails, comme la petite cicatrice sur le coin du menton. Vestige d’une chute d’exploration, lui avait elle raconté en riant, quand à trois ans le canapé du salon c’est l’Amérique et l’Everest en même temps. Puis il pensa à la cicatrice qu’il allait laisser, lui.

Il faillit renoncer, inventer quelque chose pour justifier ses premiers propos, ce visage qui allait s’éloigner, ce visage qui un jour ne lui rappellerait qu’une epoque etrange ou il n’etait pas encore lui. Mais non, il l’aimait assez pour la laisser partir. Pas assez pour rester.

Il commenca doucement le discours qu il avait préparé, tourné et repété, pour trouver la forme la plus douce, la façon plus délicate de l’accompagner dans la dechirure du lien.

Et, en point final, l’argument infaillible, celui qui ne culpabilise personne, qui ne fait pas passer des nuits les yeux ouverts a bien se demander ce qu’on a pu rater ou ne pas faire : « Je me suis trompé. Je ne suis pas amoureux.Ca ne se controle pas, ces choses la »

Il se sentait comme un médecin qui annonce à un patient que le traitement n’a pas fonctionné, quand on ne sait pas expliquer les causes  » La maladie est revenue. On ne sait pas pourquoi. Parfois ca marche, parfois ca ne marche pas. C’est différent pour chacun ». En fait ce n’était différent pour personne. La douleur, la perte, on savait tous ce que c’était à un age passé. On avait meme appris que parfois, pire que l’injustice de la vie , c’était nous qui la provoquions, à des gens qu’on aimait. Et on apprenait la lente détestation de soi-même. C’était peut être ça, devenir adulte. Comprendre que devant le visage de l’innocence, on pouvait porter le masque de la trahison.

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  1. septembre 28, 2010 à 6:54

    magnifique !

    exactement cela, la lente détestation de soi-même. Ce texte me parle beaucoup trop…

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