Tu as un grain (Qds3)

Hier Sérénité, j’ai eu une étrange discussion avec un grain de sable. Je l’ai trouvé dans ma valise, en cherchant un souvenir qui avait disparu. Il me semblait bien seul, loin de sa mer natale.

– Comment es tu arrivé la,  je lui ai demandé, tu as fait un bien long voyage pour te retrouver enfermé.

– Je voulais voir le monde dont le vent me parlait.

– et tu as vu le monde ?

– oh oui, j’ai vu le monde, j’ai vu des chemins plein de gens, des visages de salles d’attentes, des sourires qui cachaient des adieux. Et au bout, il y a eu cette chambre

– Et tu penses que c’était ça le monde ? Mais tu n’as rien vu, tu n’es que dans l’anti chambre de ton espoir. Et cela fait des mois que tu es immobile.

– Le temps ne se compte pas comme ça, j ’ai déjà vu bien plus que ceux restés la bas

– Et ça t’a rendu plus heureux ?

– Ca je ne sais pas, mais ça m’a rendu différent. Je veux dire, différent d’avant, pas différent des autres. Je sais bien que pour vous, tous les grains de sable se ressemblent, mais même si elle n’était pas bien grande, j’ai toujours senti la distance entre les autres et moi. Si vous pouviez le voir, vous sauriez que je n’étais pas fait des mêmes rêves.

– Et maintenant, que vas-tu faire ? Tu ne voudrais pas rentrer, retourner d’où tu viens ?

– Oh, c’est un chemin sans retour. Parce que je ne sais pas vraiment d’où je viens. Et si je réfléchis bien, je crois qu’on vient de nulle part, ce qu’on appelle chez soi c’est un nom du hasard. Alors, si je viens de rien, je peux venir de partout, je serai toujours un peu chez moi ou que je sois. Même la ou je ne connais pas, il y aura toujours une chance originelle. Il y a ce que j’aurai pu aimer et que je peux encore apprendre. Et je suis aussi parti pour ça, parce que le soleil me disait qu’il brillait par amour pour la nuit, et la bas je ne savais pas ce que ça voulait dire. Quand je lui ai demandé, il m’a dit que j’étais encore trop petit pour comprendre. Alors j’ai demandé comment grandir, il m’a répondu que c’est dans les rencontres que se trouve un des fruits de la connaissance, une denrée rare qui permet de se dévelloper. Et puis, je t’ai rencontrée. Alors je t’ai suivie, pour comprendre ce que c’était qu’aimer.

– Mais il y avait plein de gens. Pourquoi tu as choisi de me suivre moi ?

– Il y avait aussi quelque chose de différent chez toi. Un drôle de regard que tu portais sur ce qui t’entourait, une drôle de façon d’appréhender le monde, comme s’il se posait sans cesse sur tes épaules avant de s’envoler de nouveau hors de ta portée. Il parait qu’on reconnait l’amour quand on le voit, son maitre quand on le trouve, le hasard quand il fait bien les choses. Je t’ai reconnue, même si à ce moment-là je ne savais pas encore dire pourquoi.

– Mais tu n’as pas été déçu ? Je ne t’avais jamais vu jusqu’à aujourd’hui.

– As tu besoin de me voir pour m’enseigner ? Je t’ai vue vivre, je t’ai vue te poser des milliers de questions, je t ai même vue répondre à quelques unes et la joie qui t’animait alors. Je t’ai vue prête à te rendre et à abandonner et encore reprendre, te mettre à courir sur le fil, arrêter, hésiter, vaciller, chercher ton souffle après les coups, et t’endurcir, sans cesser d’être tendre. J’aime ta fragilité cerclée de fer et la peur que tu portes en armure. Je t’ai vue la laisser de plus en plus accrochée sur le mur, même longtemps après l’heure du réveil. Je te connais bien plus que tu ne pourrais le croire. Et parfois, il m’arrive même de te comprendre. Je sais ce que c’est de vouloir être heureux en restant qui on est.

– Mais moi, je ne t’ai pas choisi du tout. Ca ne te dérange pas ?

– C’est vrai, tu ne m’as pas élu au premier regard, mais aujourd’hui tu as choisi de me voir et moi je ne t’ai pas préférée par hasard. Dis-moi, combien de gens sauraient voir et desceller une histoire dans un seul grain de sable? Tu le portais en évidence, comme une singulière élégance à qui sait le remarquer. Je t’ai choisie, parce que tu as la force de ceux qui entrent en résistance et refusent de rendre l’innocence que l’enfance leur avait prêté.

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  1. Elo
    avril 12, 2011 à 12:52

    Ton texte est magnifique!!! C’est étonnant que tu ais écrit toi aussi sur un grain de sable… J’ai écrit aussi une histoire de grain de sable très différente mais je trouve qu’elles se rejoingent au fond (elle est sur mon blog http://confidences-libellule.over-blog.com/ dans les pages)…
    Ton coeur me semble aussi différent que le mien… Je suis très heureuse de passer là!
    Je m’incris à ta newsletter. Bises

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