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Archive for the ‘Question de Sérénité’ Category

Tu as un grain (Qds3)

juillet 6, 2011 1 commentaire

Hier Sérénité, j’ai eu une étrange discussion avec un grain de sable. Je l’ai trouvé dans ma valise, en cherchant un souvenir qui avait disparu. Il me semblait bien seul, loin de sa mer natale.

– Comment es tu arrivé la,  je lui ai demandé, tu as fait un bien long voyage pour te retrouver enfermé.

– Je voulais voir le monde dont le vent me parlait.

– et tu as vu le monde ?

– oh oui, j’ai vu le monde, j’ai vu des chemins plein de gens, des visages de salles d’attentes, des sourires qui cachaient des adieux. Et au bout, il y a eu cette chambre

– Et tu penses que c’était ça le monde ? Mais tu n’as rien vu, tu n’es que dans l’anti chambre de ton espoir. Et cela fait des mois que tu es immobile.

– Le temps ne se compte pas comme ça, j ’ai déjà vu bien plus que ceux restés la bas

– Et ça t’a rendu plus heureux ?

– Ca je ne sais pas, mais ça m’a rendu différent. Je veux dire, différent d’avant, pas différent des autres. Je sais bien que pour vous, tous les grains de sable se ressemblent, mais même si elle n’était pas bien grande, j’ai toujours senti la distance entre les autres et moi. Si vous pouviez le voir, vous sauriez que je n’étais pas fait des mêmes rêves.

– Et maintenant, que vas-tu faire ? Tu ne voudrais pas rentrer, retourner d’où tu viens ?

– Oh, c’est un chemin sans retour. Parce que je ne sais pas vraiment d’où je viens. Et si je réfléchis bien, je crois qu’on vient de nulle part, ce qu’on appelle chez soi c’est un nom du hasard. Alors, si je viens de rien, je peux venir de partout, je serai toujours un peu chez moi ou que je sois. Même la ou je ne connais pas, il y aura toujours une chance originelle. Il y a ce que j’aurai pu aimer et que je peux encore apprendre. Et je suis aussi parti pour ça, parce que le soleil me disait qu’il brillait par amour pour la nuit, et la bas je ne savais pas ce que ça voulait dire. Quand je lui ai demandé, il m’a dit que j’étais encore trop petit pour comprendre. Alors j’ai demandé comment grandir, il m’a répondu que c’est dans les rencontres que se trouve un des fruits de la connaissance, une denrée rare qui permet de se dévelloper. Et puis, je t’ai rencontrée. Alors je t’ai suivie, pour comprendre ce que c’était qu’aimer.

– Mais il y avait plein de gens. Pourquoi tu as choisi de me suivre moi ?

– Il y avait aussi quelque chose de différent chez toi. Un drôle de regard que tu portais sur ce qui t’entourait, une drôle de façon d’appréhender le monde, comme s’il se posait sans cesse sur tes épaules avant de s’envoler de nouveau hors de ta portée. Il parait qu’on reconnait l’amour quand on le voit, son maitre quand on le trouve, le hasard quand il fait bien les choses. Je t’ai reconnue, même si à ce moment-là je ne savais pas encore dire pourquoi.

– Mais tu n’as pas été déçu ? Je ne t’avais jamais vu jusqu’à aujourd’hui.

– As tu besoin de me voir pour m’enseigner ? Je t’ai vue vivre, je t’ai vue te poser des milliers de questions, je t ai même vue répondre à quelques unes et la joie qui t’animait alors. Je t’ai vue prête à te rendre et à abandonner et encore reprendre, te mettre à courir sur le fil, arrêter, hésiter, vaciller, chercher ton souffle après les coups, et t’endurcir, sans cesser d’être tendre. J’aime ta fragilité cerclée de fer et la peur que tu portes en armure. Je t’ai vue la laisser de plus en plus accrochée sur le mur, même longtemps après l’heure du réveil. Je te connais bien plus que tu ne pourrais le croire. Et parfois, il m’arrive même de te comprendre. Je sais ce que c’est de vouloir être heureux en restant qui on est.

– Mais moi, je ne t’ai pas choisi du tout. Ca ne te dérange pas ?

– C’est vrai, tu ne m’as pas élu au premier regard, mais aujourd’hui tu as choisi de me voir et moi je ne t’ai pas préférée par hasard. Dis-moi, combien de gens sauraient voir et desceller une histoire dans un seul grain de sable? Tu le portais en évidence, comme une singulière élégance à qui sait le remarquer. Je t’ai choisie, parce que tu as la force de ceux qui entrent en résistance et refusent de rendre l’innocence que l’enfance leur avait prêté.

La fleur aux dents (Qds2)

mai 24, 2011 3 commentaires

– Tu arrives trop tard. Je t’ai attendu, non, je t’ai cherché pendant des années. Tu n’étais jamais lui, tu n’étais jamais la. Je suis fatiguée désormais, j’ai trop marché, je n’ai plus la force d’y croire.

– Trop tard? Comment peux tu dire qu’il est trop tard. Seuls les morts peuvent comprendre ce que ça signifie, ainsi que ceux qui l’aimaient et pensaient avoir tout le temps de lui dire demain. Avant, ce sont des mots galvaudés.

– J’ai l’impression d’être morte à l’intérieur, qu’il ne m’y m’attend qu’une éternité d’absence de sentiments.

– Tu vois les arbres en hiver? Que te dirait un arbre s’il pouvait parler? Qu’il se sent vide, qu’il se sent dépouillé, qu’il se sent laid face à sa gloire passée. Que ressent un arbre quand il voit ses feuilles tomber à terre et que même son ombre a changé? La nature a aussi ses saisons de désespoir. Mais ce n’est pas parce que l’arbre est nu qu’il se considère mort. Va-t-il dire au printemps qu’il est trop tard désormais, qu’il a eu froid sous la neige, qu’il a eu peur tout seul ? L’attente fait partie de la vie, c’est l’hiver qu’il fait beau de croire aux fleurs. Il n’est jamais trop tard pour fleurir. Il n’est jamais trop tard pour aimer.

Y a pas un chat (QdS1)

avril 27, 2011 7 commentaires

1er texte de la série : Question de Sérénité (QdS)

Quelque part sur la terre pleine de monde, l’absence paisible reposant à ses côtés, Sérénité un soir ne trouve pas le sommeil et réclame des histoires à dormir debout.

– Je ne connais que des contes qui se terminent par une grimace, pleure-t-elle et j’ai personne a qui dire que j’arrive pas à dormir.

– Tu n’as qu’à compter les moutons au lieu de compter les soucis.

– Les moutons sous le lit ? Non, ça me fait tousser, et ils sont pas jolis

– Pas ceux la, fillette, les moutons comme on voit dans les prés.

– J’ai jamais vu de mouton dans un pré. Je sais meme pas si ça existe vraiment en vrai. J’ai déja vu des vaches par contre. Pourquoi on ne compte pas les vaches?

– Tu te poses trop de questions. C’est pour ça que tu n’arrives pas à dormir.

– Et si je comptais les questions ?

-Non, tu ne comptes rien du tout. Tu dors , et tu oublies les moutons, les veaux, les vaches et les questions.

– Tu me dessinerais un mouton?

– Ah, tu vois que tu connais des contes qui ne sont pas cruels

– Non. Le petit prince, il quitte sa rose et le narrateur ne sait pas ce qu’il devient à la fin

– Mais c’est ça la vie. Parfois on quitte les gens qu’on aime. Parce qu’on a besoin de grandir sans eux. On ne sait jamais si on fait les bons choix. Ni ce qu’on sera à la fin.

– Et tu veux que je dorme après ça ?

– Ecoute, je veux bien te faire un dessin si ça te fait plaisir, mais je sais pas dessiner, alors je ne suis pas sure que ça te rassure sur la beauté tranquille des choses.

–  Mais qu’est ce que tu peux faire alors?

– je sais raconter des histoires. Et je te promets, celle la, elle se finira bien. Je vais te parler de la lune pleine qui met au monde un chat.

– Un chat ?

– Oui, un chat qui s’appelle Sérénité.

– Comme moi?

– Oui, comme toi. Sérénité est né de la lune et de l’équilibre. Et la nuit  il a besoin de beaucoup, beaucoup de sommeil, car il est tout petit et encore très fragile. Alors sa maman veille sur lui dès la tombée du jour, pour qu’il ne lui arrive rien. Et son papa essaie de lui montrer le chemin à suivre du matin au soir, pour qu’ils ne se perdent pas.

Sérénité sourit, apaisée, fermant les yeux sur l’absence et la terre pleine de monde que plus jamais elle ne connaitra. La terre qui fait sa ronde, mais qui ne berce pas.