Y a pas un chat (QdS1)

avril 27, 2011 7 commentaires

1er texte de la série : Question de Sérénité (QdS)

Quelque part sur la terre pleine de monde, l’absence paisible reposant à ses côtés, Sérénité un soir ne trouve pas le sommeil et réclame des histoires à dormir debout.

– Je ne connais que des contes qui se terminent par une grimace, pleure-t-elle et j’ai personne a qui dire que j’arrive pas à dormir.

– Tu n’as qu’à compter les moutons au lieu de compter les soucis.

– Les moutons sous le lit ? Non, ça me fait tousser, et ils sont pas jolis

– Pas ceux la, fillette, les moutons comme on voit dans les prés.

– J’ai jamais vu de mouton dans un pré. Je sais meme pas si ça existe vraiment en vrai. J’ai déja vu des vaches par contre. Pourquoi on ne compte pas les vaches?

– Tu te poses trop de questions. C’est pour ça que tu n’arrives pas à dormir.

– Et si je comptais les questions ?

-Non, tu ne comptes rien du tout. Tu dors , et tu oublies les moutons, les veaux, les vaches et les questions.

– Tu me dessinerais un mouton?

– Ah, tu vois que tu connais des contes qui ne sont pas cruels

– Non. Le petit prince, il quitte sa rose et le narrateur ne sait pas ce qu’il devient à la fin

– Mais c’est ça la vie. Parfois on quitte les gens qu’on aime. Parce qu’on a besoin de grandir sans eux. On ne sait jamais si on fait les bons choix. Ni ce qu’on sera à la fin.

– Et tu veux que je dorme après ça ?

– Ecoute, je veux bien te faire un dessin si ça te fait plaisir, mais je sais pas dessiner, alors je ne suis pas sure que ça te rassure sur la beauté tranquille des choses.

–  Mais qu’est ce que tu peux faire alors?

– je sais raconter des histoires. Et je te promets, celle la, elle se finira bien. Je vais te parler de la lune pleine qui met au monde un chat.

– Un chat ?

– Oui, un chat qui s’appelle Sérénité.

– Comme moi?

– Oui, comme toi. Sérénité est né de la lune et de l’équilibre. Et la nuit  il a besoin de beaucoup, beaucoup de sommeil, car il est tout petit et encore très fragile. Alors sa maman veille sur lui dès la tombée du jour, pour qu’il ne lui arrive rien. Et son papa essaie de lui montrer le chemin à suivre du matin au soir, pour qu’ils ne se perdent pas.

Sérénité sourit, apaisée, fermant les yeux sur l’absence et la terre pleine de monde que plus jamais elle ne connaitra. La terre qui fait sa ronde, mais qui ne berce pas.

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Les mots me manquent

mars 1, 2011 3 commentaires

Trois mots. Je sais ce que vous pensez, mais non, ce ne sont pas ces trois mots la. Ils portent en eux moins de joie. Trois mots. Pas un de plus. Un indice ? Ils peuvent fuser dans la gorge quand on tente d’éteindre un souvenir, pour ne pas qu’il attire la mélancolie avide d’éclairs doux-amers. On les retient comme on retient un coup, la violence et l’aveu ne sont pas des réponses. Ils succombent en chemin comme des réfugiés sur une route trop longue avant la délivrance. Pauvre mot orphelin, qui voit  mourir sous sa langue tout les siens et ceux qui lui ressemblent. Personne pour accueillir, personne pour consoler d’être venu au monde quand raison et fierté se sont alliées en guerre. Combien de mots ainsi assassinés sous la loi du silence et au nom du secret?

Ces mots sont condamnés, peine à perpétuité: être écrits à demi sans être jamais nommés. La grande douleur d’être muet. L’horreur de se taire.  Mais trois mots, c’est plus que je ne peux étreindre. Même un serait déjà de l’indécence. Alors ces mots me manquent de n’avoir existé. Mais je n’ai rien à déclarer à ton absence.

A la frontière

février 22, 2011 2 commentaires

Nous quittons cet état pour d’autres horizons, il n’y a pas de raison pour que dans cette région le soleil ne se lève. Meme si la tristesse noie d’un peu de sombre, il y aura un matin qui reveillera celle qui chasse l’ombre. Je pourrai t’appeler sans que l’eau ne se trouble, je pourrai te voir sans regarder le sol pour éviter tes yeux.

Même si ca prend du temps, les sentiments qui dansent hésitants dans une valse lente ont cessé de tourner. Les choses sont à leur place désormais. Mais ce n’est pas fini. Nous avons juste mis de la distance entre nos peaux. Quand ce sera « bientôt » nous rirons à nouveau de ce tout ce qu’on partage, la folie, la différence, la peur de devenir autre qui fait courir les yeux fermés sans savoir ou aller, poings serrés impuissants à force d’ignorance.

Non, nous ne nous sommes pas perdus, mais ce chemin a égaré le droit de nous toucher.  Nous sommes à la lisière entre l’avant et l’après, ni résidants ni étrangers. Un no man’s land que l’absence surveille, avant que l’exil n’ouvre ses frontières à ceux qui changent de pays.

– « Tu viendras me voir , dis, tu me rendras visite ? ».  Tu réponds oui, et meme loin je sais que tu souris. Mais ce droit de séjour ne sera qu’éphémère, comme pour ces voyageurs dont la terre est ailleurs, en guerre contre l’oubli.

La fortune sourit aux audacieux

février 16, 2011 3 commentaires

J’ai de nouveau envie de me battre pour quelqu’un. J’aime la façon dont tu me chamboules, dont tu bouleverses mes certitudes. C’est un merveilleux accident, une révolution contre des croyances qui étouffent au lieu de protèger. Renversement du pouvoir en place à coup de feux d’ artifices.

Parce que tu me fais sentir plus légère. Ca ne prend pas beaucoup de place, la joie, et ça ne pèse pas lourd. Mais comme la lumiere elle colore sur ses traces ceux qui l entourent.

Pourtant tu n’es pas ce que je veux. Mais tu es ce que je désire. Tu es celui qui m offre l’envie, et la vie un peu plus. Peut on en refuser une part supplémentaire ? Tu remets en question mes réponses, tu me les fais relancer comme on jette des dés, hasard à saisir. Voulez-vous jouer mademoiselle ? La partie ne fait que commencer.

La chance appartient a ceux qui l invitent à s asseoir à leur table. Étrange convive dont on ne voit jamais le visage. Je me demande quel éclat a ses yeux quand elle choisit qui séduire , et la morsure exquise qui caresse quand elle se donne. Je ne sais pas si elle est la ce soir, elle porte tant de masques, dont un qui la rend invisible.

Aucun signe certain ne permet de déceler sa présence. Mais pour tenter de la voir on peut allumer une lueur d’ espoir, c’est un signe qui lui plait. Ainsi tâcher de l attirer pour que son attention nous favorise. Et c’est comme ça qu’on l’apprivoise : sans préjugés, juste du courage. La chance a ses caprices , ses humeurs, ses mysteres, mais aussi un secret : elle se nourrit de la lumière de ceux qui n’ont pas eu peur d’essayer.

Alouette, gentille alouette

septembre 25, 2010 1 commentaire

Je te plume l’innocence, cette confiance que tu m’as accordée en te posant à mes cotés. Avec les ailes nues sauras tu t’envoler?

la victoire est en nous

septembre 14, 2010 1 commentaire


L’autre n’est pas une victoire, un défi à relever,un joli objet de collection. C’est un sujet à émotions qu’on ne peut occulter pour son propre plaisir.

Ce n’est pas l’étranger, différent et dont on s’indiffère, mais l’alter ego digne d’altruisme plus que d’egoisme. L’autre moi-meme qui mérite un principe de bienveillance, par la ressemblance et l’humanité partagée.

Je suis un miroir de ce que tu es, pas une ennemie, ni un putain de trophée.


Les fleurs du salon

août 1, 2010 1 commentaire

Il s’assit sur le canapé, le verre de jus d’orange qu’elle venait de lui tendre a la main, un peu gené de cette marque d’attention avec ce qu’il avait à lui dire. Il remarqua les fleurs posées sur la table derrière elle et de demanda si elle les avait acheté pour une occasion particulière. Ou on lui avait offert. Peut-etre un amoureux. Et pour éviter de penser à l’inévitable celui-d’après, il décida de commencer.

« Assieds-toi. je voudrai te parler »

Il détestait ces formules cents fois employées, mais il n’avait pas le courage de se lancer sans introduction, avec son sourire a elle sur son visage, qui l’aurait regardé avec confiance. Il fallait qu’elle arrête de sourire. Qu’elle ne le regarde pas comme ça, il n’y arriverait pas avec ce regard-la sur lui, cette innocence qui lui avait tant plue. Il ne voulait pas y toucher à cette part de candeur, il ne voulait pas être celui qui allait la faire grandir trop vite. Elle avait dans ses gestes parfois encore un peu de la grace de l’enfance, quand elle chassait une meche de cheveux sur son visage. Sa maniere de froncer le front quand elle ne comprenait pas quelque chose ou dont tout son visage s’illuminait quand une joie la prenait par surprise, sans chercher encore a cacher ses sentiments comme des failles. Parfois, il arrêtait ses gestes et son activité, juste pour le regarder, de l’ovale aux détails, comme la petite cicatrice sur le coin du menton. Vestige d’une chute d’exploration, lui avait elle raconté en riant, quand à trois ans le canapé du salon c’est l’Amérique et l’Everest en même temps. Puis il pensa à la cicatrice qu’il allait laisser, lui.

Il faillit renoncer, inventer quelque chose pour justifier ses premiers propos, ce visage qui allait s’éloigner, ce visage qui un jour ne lui rappellerait qu’une epoque etrange ou il n’etait pas encore lui. Mais non, il l’aimait assez pour la laisser partir. Pas assez pour rester.

Il commenca doucement le discours qu il avait préparé, tourné et repété, pour trouver la forme la plus douce, la façon plus délicate de l’accompagner dans la dechirure du lien.

Et, en point final, l’argument infaillible, celui qui ne culpabilise personne, qui ne fait pas passer des nuits les yeux ouverts a bien se demander ce qu’on a pu rater ou ne pas faire : « Je me suis trompé. Je ne suis pas amoureux.Ca ne se controle pas, ces choses la »

Il se sentait comme un médecin qui annonce à un patient que le traitement n’a pas fonctionné, quand on ne sait pas expliquer les causes  » La maladie est revenue. On ne sait pas pourquoi. Parfois ca marche, parfois ca ne marche pas. C’est différent pour chacun ». En fait ce n’était différent pour personne. La douleur, la perte, on savait tous ce que c’était à un age passé. On avait meme appris que parfois, pire que l’injustice de la vie , c’était nous qui la provoquions, à des gens qu’on aimait. Et on apprenait la lente détestation de soi-même. C’était peut être ça, devenir adulte. Comprendre que devant le visage de l’innocence, on pouvait porter le masque de la trahison.